L'Adie a changé de statut pour pouvoir octroyer elle-même des prêts. Souhaitez-vous en faire une banque ?
L'Adie ne va pas devenir une banque, elle reste fidèle à sa clientèle et continue d'être un sas d'entrée dans les circuits bancaires classiques. Nous n'avons pas besoin de créer une banque de plus qui aurait deux faiblesses congénitales : elle n'arriverait pas à couvrir ses coûts car le microcrédit n'est pas encore rentable en France, et elle maintiendrait ses clients, des personnes en difficulté, dans une situation de stigmatisation sociale. Nous sommes une passerelle entre les exclus bancaires et les établissements de prêt. Les banques nous refinancent et nous leur apportons une clientèle qu'elles ne sont pas en mesure de financer au démarrage.
Pourquoi les banques ne se lancent-elles pas elles-mêmes dans le microcrédit ?
Nous espérons qu'elles vont s'y mettre. Nous jouons le rôle de poisson pilote : si nous parvenons à couvrir le coût du crédit, les banques pourront se lancer. Nous avons ainsi créé des agences pilotes parrainées par les banques dans les quartiers difficiles pour être plus visibles et proches des gens. Nous avons obtenu des modifications législatives qui réduisent considérablement les charges sociales pour les personnes qui ont une petite activité indépendante, nous avons œuvré pour la création du statut d'auto-entrepreneur. Nous préparons également sur un projet d'instruction de prêts en ligne.
Le taux d'intérêt de 9,7 % pratiqué par l'Adie suscite des critiques. Que répondez-vous ?
Nous souhaitons couvrir les coûts du crédit à échéance de 2013 pour assurer la pérennité et l'extension de nos services financiers et ouvrir la voie aux banques. Les prêts que nous octroyons sont financés par des lignes de crédit bancaire sur lesquelles nous payons un taux d'intérêt et devons réaliser une marge suffisante pour couvrir ce coût, les coûts opérationnels et une partie du risque. Nos prêts étant de petits montants et de courte durée, les échéances restent limitées et ne pèsent pas très lourd dans le budget de nos clients. Le coût pour la collectivité d'un prêt accompagné est bien moindre que celui d'un emploi aidé ou d'un chômeur. C'est le rapport coût/efficacité qui compte lorsqu'il s'agit de remettre des personnes en difficulté dans le marché du travail.