Nous arrivons à un coût total de 22.000 milliards de dollars pour les pertes liées à la crise. Qu'en pensez-vous ?
Ces chiffres nous donnent le tournis. A la différence de la crise du début des années 90, où seul le marché immobilier était touché, ou encore de la crise du début des années 2000, qui n'a affecté que les Bourses, le choc affecte cette fois tous les éléments du patrimoine, ce qui est extrêmement rare. Il faut toutefois en partie relativiser, dans la mesure où il ne s'agit pas uniquement de pertes nettes. Le choc financier n'est complètement perceptible pour les ménages que lorsqu'ils sont contraints de céder certains de leurs actifs. Or, la grande majorité d'entre eux peut attendre. L'effet psychologique est bien sûr important, mais n'a pas forcément d'impact sur la consommation. En Europe continentale, la propension des ménages à consommer de la richesse financière ou immobilière est faible. C'est différent aux Etats-Unis ou au Royaume-Uni où, de surcroît, les pertes en patrimoine ont été les plus significatives. En revanche, partout dans le monde industrialisé, l'explosion de la dette publique va constituer un coût réel et durable. Une partie croissante des recettes publiques va être divertie vers le service de la dette, probablement au détriment de l'investissement, ce qui réduira encore le PIB potentiel, déjà affecté par la « grève de l'investissement » et la forte hausse du chômage.
Il va aussi falloir tirer les leçons de la crise. Et cela aura un coût supplémentaire ?
Oui. Les modifications de la réglementation bancaire - encore imprécises - pourraient entraver la reprise du crédit. En même temps, il faut éviter d'avoir pour référence la période de croissance forte de 2005-2007, où le crédit progressait de manière anormale. L'entrée dans un régime de croissance plus modéré, en tout cas pour les Etats-Unis, contribuera à régler les déséquilibres financiers internationaux. La période qui s'annonce pourrait ressembler à la période 1991-1996, cinq années marquées par des difficultés budgétaires pendant lesquelles la croissance était très volatile autour d'une moyenne faible. Le rôle que tenaient les taux d'intérêt réels très élevés à l'époque pour freiner l'investissement serait joué cette fois par une limitation de la quantité de crédit.