L'apport de 3,5 milliards d'euros à Natixis par ses maisons mères vous semble-t-il suffisant pour lui permettre de rebondir ?
Cette enveloppe sert à compenser la perte de 1,9 milliard d'euros de la structure de cantonnement des actifs (GAPC) au premier trimestre, mais je ne serais pas étonné si le reliquat était consommé dès le deuxième trimestre. Les provisions collectives de 1,4 milliard d'euros passées fin mars, théoriquement non affectées, ont d'ailleurs sans doute déjà été en partie utilisées. Natixis risque de rejouer le scénario de 2008 quand, après deux avances de ses actionnaires de référence, elle a dû faire appel aux marchés pour augmenter son capital.
En l'état, l'entreprise est-elle encore viable ?
Non, car l'équilibre de ses activités n'est pas assuré. Chaque variation de 5 % du marché de l'immobilier américain coûte 1,5 milliard d'euros à la GAPC. Or, les activités pérennes de la banque ne peuvent compenser les pertes futures. Ensuite, ses capitaux propres sont insuffisants. Sur un total de 13,6 milliards à fin mars, seuls 4 milliards environ ne sont pas affectés aux activités pérennes. Cela ne permet pas d'absorber plus de 10 % à 12 % de dépréciations sur la GAPC. Enfin, l'intérêt de garder la société cotée n'a de sens que si elle dégage un résultat positif. Face à ces trois impasses, aucune solution n'est proposée alors que Natixis présente encore un risque systémique pour les autres banques.
Qui peut sauver Natixis aujourd'hui ?
Ses maisons mères mutualistes ne pourront pas en garder le contrôle, car elles n'ont pas les moyens de gérer ce problème. Leur nouveau patron François Pérol, ancien banquier d'affaires, essaie très certainement de trouver des investisseurs pour élargir le tour de table. Mais il faudrait au préalable sortir la GAPC de Natixis.