Vous êtes critique à l'égard du marché européen du CO2 : pour quelles raisons ?
Le système européen se révèle rigide, les autorités ayant fixé pour douze ans, jusqu'en 2020, le montant maximum des émissions, et s'étant donc liées par avance. A l'opposé, l'offre varie selon des facteurs imprévisibles. Le marché n'est ainsi pas en mesure de s'adapter correctement au contexte : il y a douze mois encore, il était davantage préoccupé par l'augmentation du prix du CO2 que par la crise économique. Si le mécanisme est prévisible, la trajectoire des prix à long terme, qui seule intéresse les investisseurs, ne l'est donc pas.
Les allocations de quotas sont-elles bien calibrées ?
Le système d'allocation gratuite n'incite pas les allocataires à refléter le coût du CO2 dans leurs prix, si bien qu'il ne déclenche pas de signal pour les consommateurs non plus. Le marché n'est pas efficient. Même les acteurs du secteur électrique, qui dans tous les pays d'Europe portent la charge la plus forte en vue de la diminution des émissions, commencent de facto chaque année avec une position longue, si bien que pendant plusieurs mois, il n'y a pas de marché authentique. Les entreprises, avec une allocation ex ante, commencent par faire fructifier ce qu'elles n'ont pas acheté.
Que donnera le système d'allocation via des enchères prévu à partir de 2013 ?
Il devrait être plus efficient. Toutefois, un secteur majeur comme l'aviation, qui sera « contraint » à partir de 2012, disposera en fait d'allocations très généreuses : la moyenne des émissions entre 2004 et 2006 - des années de forte activité - servira de période de référence, les compagnies en recevant 97 % comme allocation en 2012, puis 95 % jusqu'en 2020. Alors que les émissions par le secteur devraient baisser de 8 % en 2009, on peut penser, si cette évolution venait à durer, que l'aviation se retrouve finalement sans contrainte carbone.