L'avis de... Valéry Lucas-Leclin, coresponsable de la recherche ISR chez SG Equity Research

" Le risque d'échec d'une restructuration est très élevé "

Par Edwige Murguet le 03/09/2009 pour L'AGEFI Hebdo

 
 

L'impact des plans de restructurations sur les marges est-il immédiat ?

Depuis quelques années, les entreprises ont pris l'habitude de se restructurer. Or, la crise a accentué l'intensité de ce phénomène (voir le graphique ci-dessous). A titre indicatif, sur l'échantillon des 206 sociétés européennes que nous avons passées au crible, tous secteurs confondus en excluant les entreprises spécialisées dans les métiers financiers, 126 entreprises ont annoncé 146 plans sociaux distincts entre janvier 2007 et mars 2009. Autrement dit, ce sont 60 % d'entre elles qui sont engagées dans une restructuration actuellement. Attention, il ne faut pas s'attendre à ce que ces mesures aient un impact immédiatement positif sur les marges. Au contraire. Les coûts sociaux qui en découlent directement sont généralement importants dans un premier temps. Ensuite, quand il s'agit de plans de licenciements, les consultations avec les partenaires sociaux et les négociations avec les pouvoirs publics peuvent se prolonger. Les premiers effets bénéfiques éventuels ne se font pas sentir avant six à neuf mois au mieux. Ceux-ci n'étaient donc a fortiori pas visibles dans les comptes du deuxième trimestre et ne le seront pas encore dans ceux du troisième.

Quelles entreprises sont-elles les plus enclines à licencier ?

La plupart du temps, les restructurations sont liées à l'évolution de l'Ebit (« Earnings before interest and taxes », ou résultat d'exploitation, NDLR) comparé à celle des coûts sociaux, par ailleurs moins volatils que le résultat d'exploitation lui-même. En général, lorsque le ratio des coûts sociaux basé sur les prévisions d'Ebit, qui permet de mesurer la contrainte qui va peser à la fois sur les employés et sur les choix stratégiques de la société, devient trop élevé, les directions des entreprises concernées estiment qu'elles n'ont pas d'autres choix que de se restructurer. Au sein de notre échantillon, les secteurs en risque sont ceux des logiciels et services, du transport, de l'automobile et de ses composants, des équipements technologiques, de la restauration et des loisirs.

Comment les annonces de restructurations doivent-elles être accueillies par les investisseurs ?

Avec prudence. Une entreprise dont le ratio coût sociaux sur Ebit est contraignant aura peu de marge de manœuvre pour financer l'accompagnement, les formations par exemple, et la mise en œuvre des processus nécessaires à la réussite de sa restructuration. Le risque d'échec est très élevé. Mieux vaut investir dans une société dotée des moyens de se restructurer, non contrainte par son résultat d'exploitation, et qui a su développer un dialogue social de longue date.

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