Avec la fragmentation des marchés, quel est l'enjeu de plus de transparence pour les émetteurs ?
Les sociétés cotées ont une double inquiétude assez légitime : premièrement, elles doivent fournir des éléments sur les cours et les volumes pour leurs actionnaires mais aussi quand elles réalisent des opérations financières, éléments qui deviennent plus difficiles à agréger ; deuxièmement, elles s'inquiètent également, et c'est encore plus problématique, de la possible dégradation de la qualité du processus de formation des prix qui pourrait avoir un impact sur leur valorisation. Or, l'utilisation extensive des dérogations aux obligations d'information pre-trade par les dark pools, la faible qualité de l'information post-trade, l'apparition des crossing networks, l'innovation technologique ont clairement modifié la structure des marchés actions, leur liquidité et leur accessibilité. Tous ces points devront être traités dans le cadre de la révision de la directive MIF (Marchés d'instruments financiers).
Quelles solutions vous paraissent envisageables pour la MIF 2 ?
Concernant la transparence post-trade, le principe d'une information centralisée de type Consolidated Tape fait presque l'unanimité parmi les Etats membres. S'agissant de l'information pre-trade, il est nécessaire de mieux encadrer et de définir finement les possibilités de dérogation. Il faut également qu'il n'y ait plus de « trou » dans la régulation des systèmes de négociation : des systèmes comme les crossing networks, qui ne sont pas régulés par la directive MIF aujourd'hui, devraient être soumis à des obligations comme pour les MTF (multilateral trading facilities, NDLR) ou les internalisateurs systématiques.
Quel devra être le rôle du régulateur dans un système centralisé ?
Il y a deux options : soit vous laissez les marchés s'organiser seuls pour centraliser l'information, soit il y a intervention des pouvoirs publics et des régulateurs pour définir les besoins, les règles et le cahier des charges d'un tel système et sa supervision par une ou des autorités de marché. Nous sommes favorables à la deuxième solution. Sur ce point comme sur les autres, le CESR (Comité européen des régulateurs de marchés) devrait formuler ses propositions pour la révision de la directive MIF cet été...