Certaines compagnies d'assurances, qui ont déjà sensiblement diminué leurs investissements en actions, ont déclaré cet hiver qu'elles pourraient arrêter complètement le non-coté avec Solvabilité II : quelle est votre position générale ?
Pour l'instant, et malgré les perspectives sur Solvabilité II, nous avons fait le choix de conserver une position assez forte sur les actions avec 12 % de notre portefeuille (73 milliards d'euros), dont 2 % dédiés au non-coté. Au titre de l'assurance-vie, nous avons des engagements au passif : les assurés conservent ces contrats pour une durée qui s'allonge chaque année dans une logique de préparation de la retraite. Mais ils ont la capacité de réclamer leur capital lorsqu'ils le souhaitent, notamment au bout de huit ans pour bénéficier d'une fiscalité plus avantageuse. Néanmoins, les normes prudentielles sont élaborées sur un « risque de ruine » à un an... Nous devons faire avec cet horizon prudentiel qui n'est pas toujours en phase avec une bonne gestion actions à moyen terme. Mais nous avons donc choisi de développer un modèle interne, dont il nous faudra démontrer au régulateur qu'il est pertinent et pas trop éloigné du modèle standard.
Avec quel impact sur le « private equity » ?
Nous avons une approche un peu atypique de cette classe d'actifs avec près de 35 % de nos encours investis en fonds de capital-développement pour des grosses PME (et le reste essentiellement en LBO - leveraged buy-out). Nous voulons travailler, sur cette classe d'actifs comme sur les autres, sur la matrice de corrélation, qui est l'enjeu fort de la réforme. Le modèle standard est très sécuritaire, avec des scénarios basés sur les périodes des cycles où les actifs sont les plus corrélés entre eux. Le régulateur a estimé que l'étude du non-coté ne pouvait se faire uniquement que sur des séries trop courtes dans le temps, et a privilégié le principe de prudence. Le private equity est pénalisé dans ces formules, malgré l'ajustement possible de 9 % lié aux cycles boursiers. Ce sera très coûteux en fonds propres, mais nous n'avons pas l'intention de réduire notre exposition car le surcoût devrait rester acceptable à l'échelle de notre portefeuille.