Entretien avec... Michel Aglietta, professeur à l'Université Paris X, conseiller scientifique au Cepii (Centre d'études prospectives et d'informations internationales)

" Des pressions en capital pour éviter tout risque systémique "

Par Guy Marchal le 01/10/2009 pour L'AGEFI Hebdo

 
 

Peut-on parler de perte d'influence de la part des Européens au sein du Fonds monétaire international (FMI) et du G20 ?

Il est nécessaire d'avoir une gouvernance mondiale élargie capable de répondre aux crises futures qui pourront être énergétiques, alimentaires ou climatiques. Le G20 est tout désigné pour devenir ce pôle pilote dans la mesure où les Nations unies n'ont pas voulu ou pas pu jouer ce rôle. Pour ce qui est du FMI, les Européens n'ont pas su saisir leur chance et paient l'absence de souveraineté politique. La fusion des quotas de la zone euro leur aurait donné un poids sans pareil.

La réforme des fonds propres des banques est attendue pour 2010 et son application pour 2012. N'est-ce pas trop long ?

Trois ans, c'est presque rapide. En comparaison, le passage de Bâle I à Bâle II a pris dix ans. Au niveau macroprudentiel, le but recherché est de limiter l'expansion du crédit dans les phases hautes des cycles quand le risque global devient de plus en plus important, mais dissimulé aux acteurs de la finance par la hausse des prix des actifs, et d'imposer du capital contracyclique. Ensuite, il s'agit, par des pressions en capital, d'éviter tout risque systémique qui soit lié à la taille des institutions financières ou à leur interconnexion, comme avec les hedge funds qui, collectivement, peuvent former des éléments fortement perturbateurs sur les marchés de capitaux. Les institutions considérées comme systémiques auront encore plus de contraintes en capital que les autres dans la mesure où le risque qu'elles font courir concerne l'ensemble de la société et est d'ordre public. Pour les faillites de telles banques, l'idée est de faire des lois spécifiques et de les sortir du champ judiciaire commun afin que les banques centrales et les régulateurs puissent s'en saisir au plus vite et les restructurer. Enfin, il reste le volet liquidité. Là, il s'agit de mettre un terme à l'activité de ces banques de marché qui, comme l'a montré la crise d'août 2007, sans base de dépôt aucune, montaient des banques fantômes finançant à court terme sur le marché monétaire des actifs quasi illiquides. Ces actifs doivent revenir dans les bilans et il faut remettre en face du capital afin de beaucoup moins extérioriser le « trading book ».

La question des bonus est-elle définitivement réglée ?

A mon sens, les Européens ont trop mis l'accent, pour des raisons politiques évidentes, sur les bonus des traders. Ce n'est qu'une petite partie de la chaîne, et surtout, c'est un problème de gouvernance et pas seulement de trading. L'idéal aurait été de regarder aussi les conditions d'attribution des stock-options aux cadres dirigeants qui les poussent à obtenir leurs plus-values le plus vite possible sur le marché boursier. De même, il aurait fallu s'intéresser à l'ingénierie financière qui construit les produits sophistiqués. Les bonus des traders ne sont que la partie émergée de l'iceberg.

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