Les défis de l’hyper-prospérité

le 07/09/2017 L'AGEFI Hebdo

Les défis de l’hyper-prospérité
(Pierre Chiquelin)

Lundi, au lendemain du tir nucléaire nord-coréen, les rendements se sont détendus dans toute l’Europe. Peut-on mieux mesurer à quel point notre continent a changé de statut ces dernières années, pour passer du vieux monde où il était censé s’enliser pour rallier le nouveau ? Le redressement des pays du Sud, qu’ils aient été l’objet d’un sauvetage ou non, et l’éclaircissement du paysage politique, qui a résulté du refus du populisme aux Pays-Bas et en France, sont à la base du changement du regard étranger sur cette forme de miracle politique permanent qu’est la construction européenne. L’élection allemande du 24 septembre offre l’occasion de franchir une nouvelle étape dans la poursuite de cet idéal séculaire. Tout indique qu’elle sera saisie. Assurée d’un quatrième mandat, Angela Merkel aura les moyens, quel que soit son futur allié, de graver si elle le souhaite son nom parmi les plus grands serviteurs de l’Europe.

Le moment est on ne peut plus favorable. L’Allemagne jouit de l’éminent privilège de tirer une reprise européenne qui s’affirme. Les chiffres conjoncturels sont brillants, les comptes publics excédentaires, les balances extérieures opulentes. Le vieillissement de la population et la remontée des coûts salariaux, deux préoccupations bien réelles, n’empêchent pas que le problème de la Chancelière restera unique au monde : comment gérer au mieux l’hyper-prospérité ? Il faut espérer que, l’élection passée, elle aura le bon sens de passer à une politique plus résolument expansionniste, en consentant enfin un effort d’investissement à la mesure des besoins du pays. Poursuivre aussi frénétiquement l’accumulation des excédents n’est qu’une fuite en avant comme une autre, délétère pour l’avenir économique. Là encore, le cadre européen offrira, au-delà du cadre national, l’horizon dont une économie de cette taille ne saurait se passer.

Or là encore, la régénération des conditions du dialogue en Europe a éclairci les perspectives. Angela Merkel ne cache pas le plaisir que lui procure le vent nouveau qui souffle en France. Après tant de bourrasques, il permet de s’atteler à l’émergence du consensus nécessaire au comblement de deux lacunes béantes de la construction européennes : le budget et la défense. A l’échelle allemande, deux révolutions. Le budget, volet indispensable de l’Union économique et monétaire, exige la confiance dans le sérieux de ses partenaires et une démarche patiente et de long terme – là, la balle est dans le camp français – ; la défense, qui exige une audace et une ampleur en rupture avec la traditionnelle réserve de l’Allemagne. La crise ukrainienne, celle des migrants, la fin de la relation particulière avec les Etats-Unis, ont si vite mûri les esprits qu’on peut gager que Berlin ne manquera pas le rendez-vous. 

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