Epargne salariale, la tenue de compte en ébullition

le 16/01/2014 L'AGEFI Hebdo

Déjà bien avancé, le mouvement de concentration s’accélère dans cette activité traditionnellement déficitaire.

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Pour améliorer la rentabilité d’un métier historiquement déficitaire, l’activité de tenue de compte continue de faire l’objet de partenariats et de rapprochements entre acteurs. Ainsi, Groupama Epargne Salariale (lire l'entretien) vient de rejoindre au 1

er janvier 2014 le groupement d'intérêt économique (GIE) Gestion Epargne Salariale (GES) aujourd’hui piloté par le groupe paritaire de protection sociale Humanis. Cette plate-forme de gestion administrative est le fruit d’un partenariat conclu initialement entre Fongepar et Inter Expansion, les filiales d’épargne salariale respectives de CNP Assurances et d’Humanis. Prado Epargne lui emboîtera le pas au 1erjanvier 2015. Cette filiale d’AG2R La Mondiale, qui espère ainsi équilibrer son compte de résultats à partir de 2016, estime, selon une source syndicale, à un million d’euros par an les gains induits par sa future externalisation.

A eux deux, ces nouveaux entrants apporteront au GIE près de 290.000 comptes supplémentaires (chiffres au 30 juin 2013) qui s’ajouteront aux 560.000 existants confiés par ses deux membres fondateurs. Fongepar et Inter Expansion viennent d’ailleurs de faire un pas de plus vers l’intégration en fusionnant le 2 janvier dernier. Résultat d’un montage complexe, le nouvel acteur, Inter Expansion-Fongepar, désormais distributeur et teneur de comptes, est détenu à 65 % par Humanis et à 35 % par CNP Assurances. A cette occasion, la société de gestion financière de Fongepar disparaît au profit d’une nouvelle société de gestion 100 % Humanis, Humanis Gestion d’Actifs (voir le graphique), dont le montant des encours d’épargne salariale – plus de 4 milliards d’euros – dépasse désormais celui d’Axa IM et de HSBC Global Asset Management.

Le mouvement de concentration, bien entamé, devrait se poursuivre. Si les poids lourds du secteur ont conservé en interne la gestion administrative de la tenue de compte et peuvent éventuellement œuvrer pour des tiers en marque blanche, de plus en plus de teneurs de compte optent pour une mise en commun de leurs ressources techniques, financières et humaines auprès d’une structure qui sous-traite l’activité. Un moyen de réaliser de fortes économies d’échelle et de disposer de la capacité d’investissement nécessaire à l’amélioration et à l’adaptation constante de l’outil informatique pour répondre, notamment, aux diverses évolutions règlementaires.

Pression tarifaire

Tout comme le GIE GES, une autre plate-forme, la société S2E, qui regroupe quatre actionnaires – Société Générale, BNP Paribas, HSBC et Axa – reste ouverte à l’introduction d’autres adhérents. Alors que Gilles de Margerie, directeur général adjoint du groupe Humanis se dit satisfait « du modèle du GIE aujourd’hui économiquement viable », Stanislas Armand, président de S2E, juge sa société « parfaitement dimensionnée pour accueillir de nouveaux teneurs de compte ». Ses actionnaires peuvent également trouver un relais de croissance auprès d’acteurs souhaitant abandonner totalement l’activité, à l’image du récent passage de flambeau de Malakoff Médéric à BNP Paribas.

Dix ans après l’entrée en vigueur, le 1er janvier 2004, de la règlementation visant à séparer juridiquement les métiers de gestion financière et de tenue de compte en épargne salariale, les acteurs du secteur, cherchent toujours le moyen d’améliorer, voire simplement d’équilibrer cette dernière activité soumise à une forte pression tarifaire. Ne pouvant plus profiter directement des revenus issus de la gestion d’actifs (même s’ils reçoivent des rétrocessions de commissions) pour compenser leurs coûts de fonctionnement, les teneurs de comptes sont désormais condamnés à disposer d’une taille critique. D’après David Farcy, associé fondateur de la société de conseil Periclès Group, l’équilibre entre les coûts de fonctionnement et la facturation des prestations – les frais de tenue compte peuvent varier entre 5 et 20 euros par compte et par an en fonction de la taille de l’entreprise – est atteint lorsque les acteurs réunissent a minima 500.000, voire un million d’épargnants suivant la typologie des entreprises clientes. Quatre teneurs de comptes dépassent ce seuil de rentabilité (voir le tableau). A la cinquième place, le GIE GES se détache significativement du reste du peloton.

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